J'ai frôlé la mort après mon accouchement

Moins d'un mois après avoir mis au monde notre fille, je me souviens avoir dit à mon mari que plus jamais je ne serai la même. 

Bien sûr, l'arrivée d'un enfant change la vie, mais dans mon cas personnel elle a surtout modifié ma façon de voir la vie elle-même et surtout ma relation aux autres.
J'ai pris conscience du fait que mon existence ne tenait qu'à un fil, mais que ma volonté (ou ma force d'esprit, comme je préfère la nommer) pouvait déplacer des montagnes.
J'ai aussi et surtout réalisé que pas mal de personnes de mon entourage n'avaient pas ou plus leur place dans ma vie (j'y reviendrai ultérieurement). 

La naissance de mon petit bout a chamboulé ma vie entière, tel un raz-de-marée.


Certains diraient que j'ai eu une grossesse parfaite. En effet, hormis quelques désagréments, je n'ai pas connu de problème particulier.
Le "truc", c'est que le dernier mois m'a semblé être une éternité. J'ai toujours pensé que ce serait normal d'arriver au terme de ma grossesse, 9 mois, c'est 9 mois...
Mais quand tout le monde tente de vous persuader que non, la majeure partie des femmes accouchent vers le 8ème mois, vous finissez par avoir des doutes.
Mon terme étant prévu le 15 octobre, je me suis retrouvée en mode "start in block" début septembre : préparation valise de maternité, chambre de bébé, ...
Début octobre, toujours la forme et bébé bien au chaud. Mon entourage qui me demandait "Alors ? Toujours rien ?", non toujours rien, mais je me serais bien passée de cette question quotidienne... 
Tous les soirs, j'allais me coucher avec l'appréhension que le "travail" commence en pleine nuit. Ce qui-vive s'est éternisé jusqu'au 17 octobre, j'ai dépassé ma fameuse Date Prévue d'Accouchement. 

Le 15 octobre, malgré ma réticence, ma gynécologue a décollé la poche des eaux. Le 16, aucun changement. Le 17 au matin, aucun changement...  Jusqu'à ce que je passe un monitoring (9h30) et que soudainement le coeur de bébé s'accélère. On m'a perfusée pour accélérer le travail, mais au bout de deux heures le gynécologue de garde (qui n'était autre que le mari de ma gynécologue, absente le mercredi) a décidé de pratiquer une césarienne en urgence, la vie de ma fille était en danger.
Quand je dis "en urgence", ça a vraiment été le cas. A peine on m'a anesthésiée au niveau du rachis que le médecin effectuait l'incision. Et je ne vous explique pas l'effet que ça m'a fait quand je l'ai entendu dire "Ah ! Mince ! J'arrive pas à attraper la tête." Encore une remarque dont je me serais passée...
Deux minutes plus tard (12h30), j'avais mon petit bout dans les bras. 

Brève rencontre avec mon bébé que j'avais porté 9 mois et que j'attendais avec impatience. Fin de la période où nous étions ensemble à chaque instant. Mais elle allait bien, quel soulagement !
Le personnel l'a emmenée pour la placer sous couveuse (malgré mon dépassement de terme, j'ai mis au monde une crevette d'à peine 2,5kg), quant à moi, je suis partie en salle de réveil.
Un endroit que je qualifierais de "glauque".
J'avais à ce moment précis, deux pensées qui perturbaient mon esprit : ma fille dont je ne pouvais m'occuper dès le début de sa vie (heureusement, je savais que le papa était présent) et mes jambes que je ne parvenais plus à bouger.
J'avais refusé la péridurale si mon accouchement se faisait par voie naturelle parce que le risque de paralysie me terrorisait, finalement je me retrouvais avec ces deux jambes qui pesaient des tonnes. L'angoisse!

Je suis restée ainsi, je ne sais combien de temps à attendre que l'effet de l'anesthésie s'estompe jusqu'à ce que je commence à me sentir "vidée", comme si je n'avais plus aucune force. J'ai donc appelé une infirmière qui m'a mise sous perfusion de glucose.


Plus le temps passait et plus je me sentais mal. J'ai donc appelé le personnel une seconde fois, personne n'est venu, ils étaient en train de se photographier et y prenaient visiblement beaucoup de plaisir.

J'ai appelé une troisième fois et aujourd'hui encore, je me demande comment je suis parvenue à le faire. Cette fois, c'est un infirmier qui est venu, il m'a examinée et là, ça a été l'affolement général. Je faisais une hémorragie et ma tension était descendue à 6.
Le gynécologue est venu, m'a rapidement fait une échographie et m'a dit "on repart au bloc". J'ai à nouveau été anesthésiée, mais entièrement cette fois-ci.

J'ai ouvert les yeux vers 17h30. Mon mari était présent. Il ignorait tout de mon état jusqu'à ce qu'on lui demande de venir me stimuler afin que je me réveille.

J'ai appris plus tard que les médecins "espéraient" que j'ouvre les yeux mais n'en avaient aucune certitude.

Notre fille nous a rejoints, j'ai pu à nouveau la prendre dans mes bras. Brièvement.
J'ai été transférée au service des soins intensifs, mon petit bout est quant à elle partie au centre néonatal. Nous avons passé cette première nuit éloignées l'une de l'autre.

Comment le plus beau jour d'une vie peut également être le pire...


Quelques précisions
Six mois après mon accouchement, le gynécologue qui m'a opérée m'a fait quelques confidences.
Lors de la seconde intervention, il a déclenché "l'alerte de mort imminente" et c'est toute l'équipe du service de chirurgie qui est intervenue pour stopper l'hémorragie. 
Selon lui et d'un point de vue médical, je n'aurais en principe pas du survivre à cette hémorragie. La logique aurait voulu que je fasse un arrêt cardiaque ou que je sombre dans le coma. 

Malgré l'hémorragie, l'opération et la transfusion (6 poches au total), je dirais que j'ai récupéré relativement vite.
Je pense qu le corps humain ainsi que l'esprit sont dotés d'une force inestimable. J'en suis la preuve.Ce qui est navrant dans cette histoire, c'est d'avoir frôlé la mort à cause de l'insouciance du personnel médical. C'est inadmissible ! 
Seize mois après cet événement, je suis toujours e colère. Si je n'avais pas survécu, on m'aurait très certainement déclarée comme étant "décédée d'une suite de couche", prétextant la malchance ou la fatalité.

Non, j'ai failli mourir à cause d'un manque de professionnalisme avéré et répété.

Ma gynécologue n'avait de toute évidence pas lu le résultat de ma dernière analyse de sang (pourtant prescrite par ses soins) car il mettait en évidence un fort risque d'hémorragie. 
Et si le personnel en salle de réveil avait écouté mes appels au lieu de rire et prendre des photos, mon état ne se serait pas tant dégradé.

Combien de femmes perdent la vie dans ces conditions sans que leur conjoint, leur famille, leurs proches, ne soient au courant de la réalité?


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Commentaires

  1. J'ai vécu une histoire similaire et j'ai toujours cet accouchement dans la tête. Comme si j'étais hantée.

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    1. Je comprends. C'est le genre d'expérience qu'on oublie difficilement. Et chaque anniversaire est là pour nous le rappeler.

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